Formation : réduire les inégalités en les aggravant ?

 Daniel VATANT, Consultant, Ex-Directeur d’Habitat-Formation

Formation : réduire les inégalités en les aggravant ?

Chacun le sait : une nouvelle réforme de la formation professionnelle est annoncée. Après les lois de 2004, 2009 et 2014, on dirait qu’il faut s’habituer à un rythme qui a quelque chose de quinquennal !

On peine un peu à le faire car les durées de véritable mise en œuvre sont finalement très courtes. On vote par exemple une loi en 2014, la parution des décrets s’échelonne dans l’année qui suit, laquelle précède une bonne année d’appropriation par les entreprises, les salariés, les organismes de formation… La véritable vitesse de croisière est ainsi atteinte en 2017, et déjà on recommence ! Voici donc revenu le moment des formules générales.

Il faut « simplifier ». C’est ce que devaient faire mais n’ont pas fait les réformes précédentes. Il faut « mettre l’individu au centre » : fort bien, mais qui trace le cercle ? Il faut aussi « sécuriser les parcours professionnels ». Ces dernières années, cette formule-là est incontestablement celle qui fait florès. Elle ne mange pas de pain, et présente « l’avantage » de passer sous silence la pénurie d’emplois. Et puis pour faire bonne figure sociale, il faut bien sûr « réduire les inégalités d’accès à la formation », mettre la priorité sur « les moins formés » puisque ce sont eux qui bénéficient le moins de formation.

A ce propos, il est intéressant de mettre en exergue cet extrait du programme du Président de la République avant qu’il soit élu : « la majeure partie des contributions actuelles des entreprises pour la formation sera progressivement convertie en droits individuels pour les actifs. Chacun pourra s’adresser directement aux prestataires de formation. Le système sera simple ». Autrement dit : actifs, débrouillez-vous ! Petit problème : en la matière, il y a pour le moins quelques inégalités de niveau de débrouillardise qui coïncident justement pour l’essentiel avec les inégalités d’accès à la formation. Alors, tout en prétendant vouloir les réduire, on irait vers leur aggravation. Ce ne serait plus une réforme, mais un miracle…

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