Déjà deux morts et quelques blessés

 Daniel VATANT, Consultant, Ex-Directeur d’Habitat-Formation

Déjà deux morts et quelques blessés

Ils l’attendaient, ils l’ont : les partenaires sociaux ont reçu ce 15 novembre le document d’orientation du Gouvernement les invitant à négocier sur la formation professionnelle. Ce n’est certes qu’un document d’orientation en vue d’une négociation, mais chacun sait qu’il a fait lui-même l’objet d’une forme de négociation informelle du Gouvernement avec les organisations d’employeurs et de salariés concernées. Ou plutôt une partie d’entre elles, car toutes n’ont pas droit de la même manière à ce traitement de faveur. Dans ces conditions, il est probable que les objectifs énoncés dans le document d’orientation se retrouvent assez bien dans le futur accord national interprofessionnel, lequel aura vocation à être très fidèlement retranscrit dans la loi comme le veut la coutume.

Ainsi, le bilan probable s’établit au moins à deux morts et quelques blessés ;

Parmi les morts, il y aurait le CIF. Il y a bien longtemps que certains voulaient sa peau. Ce serait une très lourde perte mais c’est écrit : « le CPF doit devenir l’unique droit personnel à la main des individus ». Le motif avancé : trop peu de CIF financés chaque année ! On aurait alors pu, logiquement, s’attendre à un propos sur les moyens d’en financer davantage. Mais non. Le salut est dans le CPF, pas franchement encensé pour autant mais présenté comme un outil à transformer dans un souci « d’autonomie individuelle », de « liberté professionnelle ». Autonomie, liberté, justement deux mots étroitement associés au CIF mais qui veut noyer son chien… Au chapitre du CPF, on peut ajouter la mort des listes de formation éligibles (pas grand-monde ne s’en plaindra) et celle du calcul du « droit » en heures. On ne sait pas à ce stade au profit de quelle autre unité de mesure.

Autre décès annoncé : celui de la période de professionnalisation, « trop souvent utilisée comme un outil d’adaptation au poste ». Ceux qui dénoncent cette dérive depuis 2004 sans avoir jamais été véritablement entendus se pinceront ! Mais là, on ne repense pas le dispositif, on le supprime !

Dans la liste des blessés, on trouve le conseil en évolution professionnelle, qui « souffre d’un écosystème complexe », le RNCP, « pas assez réactif ». On y trouve aussi le contrat de professionnalisation. Le propos à cet égard n’est pas franchement lumineux, mais il est cependant écrit que la coexistence de deux contrats en alternance « participe de la complexité et au final du manque d’attractivité de la formation en alternance ».

Au chapitre du financement, on retiendra surtout à ce stade la perspective d’une contribution des entreprises (sans précision de taille) au titre de la formation des demandeurs d’emploi, à hauteur de 0,3 % de la masse salariale. Comme il est un peu difficile, dans le contexte, d’imaginer que les entreprises soient mises davantage à contribution financièrement, on attend la suite avec impatience et pas mal de fébrilité.

Il y aurait encore beaucoup à commenter. Alors à bientôt sur ce blog !

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