Gestion sociale en organisme Hlm : il est temps de passer à la vitesse supérieure !

Philippe AUVILLE, Consultant-formateur en gestion locative

Gestion sociale en organisme Hlm : il est temps de passer à la vitesse supérieure !

La fonction sociale s’est développée dans les organismes au cours des années 90.

A cette époque, de nombreux bailleurs sociaux ont créé cette fonction afin de répondre aux questions sans réponses posées par des locataires de plus en plus en difficultés. Pendant cette période, les politiques sociales se structurent autour de nouveaux dispositifs portés par les départements, (le RMI en 1988, le FSL en 1990 …), les travailleurs sociaux deviennent des techniciens, chargés de mettre en œuvre des politiques sociales de plus en plus complexes et d’animer des dispositifs à plusieurs étages : les organismes Hlm doivent s’équiper de nouveaux professionnels capables de parler le langage technocratique des travailleurs sociaux de secteur.

Mais qu’en est-il aujourd’hui?

Pour les conseillers sociaux, comment faire face aux nouvelles exigences des politiques sociales ? Le bailleur social doit-il s’appuyer sur les services sociaux de droit commun ou développer sa propre politique sociale pour répondre aux nouvelles questions sociales ? Qu’est-ce qu’une politique sociale et à quoi cela peut-il servir ?

Les services sociaux départementaux sont aujourd’hui, à de rares exceptions, débordés et incapables de répondre de façon efficace aux besoins éducatifs des personnes en grandes difficultés sociales. L’action sociale du département étant par définition extrêmement large (par son public et son champ d’action), les travailleurs sociaux de secteur sont souvent cantonnés à une réponse en urgence mobilisant des dispositifs standardisés qui ne répondent pas à la singularité des situations sociales complexes rencontrées par les demandeurs de logement ou les locataires des logements sociaux.

Dans des environnements sociaux extrêmement sombres, la régularité du paiement du loyer ou l’occupation en bon père de famille du logement ne sont plus des objectifs pour les travailleurs sociaux partenaires : les priorités ont changé en même temps que les inégalités sociales se sont creusées.

Aujourd’hui, le bailleur social est souvent seul face aux difficultés de ses locataires à payer le loyer régulièrement et à échéance et à vivre ensemble de façon harmonieuse. Obligées de faire face aux troubles de santé mentale et confrontées à des impayés qui se déclenchent de plus en plus tôt, les équipes de gestion locative sont découragées.

C’est alors une politique sociale structurée qui doit se mettre en place au sein de chaque organisme.
Celle-ci doit s’appuyer d’une part sur un budget défini et sanctuarisé, qui permet de construire un bouquet de services destinés à des clients identifiés spécifiquement.

Mais pour être réellement efficace, elle doit s’appuyer d’autre part sur une stratégie globale d’entreprise, au même titre qu’une stratégie patrimoniale ou qu’une stratégie RSE. C’est son positionnement en articulation avec les autres politiques de l’organisme qui donne à la politique sociale sa véritable dimension stratégique, sans quoi il ne s’agit que d’un pansement sur une jambe de bois ou d’un argument de communication dans le rapport annuel de gestion.

C’est à cette condition que l’on peut cesser de s’inquiéter du « combien ça coûte » pour enfin s’intéresser à « combien ça rapporte » ; car en effet, une politique sociale a un coût, mais elle rapporte bien plus qu’elle ne coûte. Les pays anglo-saxons l’ont compris depuis longtemps qui ont réussi à prouver le retour sur investissement des politiques sociales.

Devant la transformation des organisations qui s’annonce avec la loi ELAN, les organismes qui vont se restructurer vont pouvoir en profiter pour définir une politique sociale stratégique donnant au projet d’entreprise une valeur nouvelle fondée sur des idéaux toujours plus humanistes tout en permettant de légitimer leur action, en attribuant une valeur monétaire à leur contribution.

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